La course à pied sollicite intensément les muscles, les tendons et les articulations des membres inférieurs, ce qui expose le coureur à des blessures spécifiques : syndrome rotulien, périostite, syndrome de l'essuie-glace, fracture de stress ou tendinite d'Achille. Au cabinet Yann Bourrel, aux Milles (Aix-en-Provence), les coureurs sont accompagnés dans la prévention et la rééducation de ces pathologies.

La course à pied : un sport exigeant pour le corps

Le running est un sport individuel de plus en plus populaire, avec près de 6 millions de pratiquants de plus de 15 ans en France. Il se distingue du jogging par des objectifs plus poussés, une discipline plus stricte et des équipements plus performants : le jogging devient souvent un échauffement au running. La pratique alterne phases rapides et phases lentes selon le plan d'entraînement, où l'échauffement reste une étape essentielle.

Pratiquée régulièrement, la course à pied :

  • renforce les capacités cardio-vasculaires et respiratoires ;
  • renforce le système immunitaire ;
  • favorise la circulation sanguine ;
  • diminue la tension artérielle ;
  • brûle des calories.

Mais la répétition des impacts expose amateurs comme professionnels à des pathologies qu'il vaut mieux connaître pour les prévenir. Voici les cinq blessures les plus fréquentes du coureur, et comment la kinésithérapie du sport les prend en charge.

Le syndrome fémoro-patellaire (syndrome rotulien)

Très fréquent chez les coureurs, il touche la rotule et plus précisément l'articulation qui la lie au fémur. Cette articulation fémoro-patellaire, particulièrement instable, participe aux mouvements essentiels des membres inférieurs : flexion-extension, saut, course, marche. Bien que parfaitement rémédiable, le syndrome rotulien est souvent handicapant, dans le sport comme au quotidien.

Causes

  • une charge supportée par l'articulation devenue trop importante ;
  • un changement d'habitudes ajoutant un poids supplémentaire à l'articulation ;
  • un traumatisme ou un choc au niveau de la rotule.

Symptômes

La douleur est le premier signe : liée à la fatigue, elle apparaît aussi dans les montées, les descentes et à la palpation. Le sportif peut ressentir une impuissance pendant l'effort et des blocages fréquents ; dans les cas plus sévères, une instabilité de l'articulation. Des tests spécifiques comme le test de Zohlen et le signe du rabot aident à l'identifier.

Traitement et prévention

Le traitement vise à augmenter la tolérance de l'articulation aux charges : exercices de rééducation, renforcement du quadriceps et des muscles fessiers, taping neuroproprioceptif et thérapie manuelle. Le repos complet du genou n'est pas conseillé — il aggraverait les symptômes. En prévention : bâtons pour la randonnée (ils délestent les genoux), bonne hygiène de vie, alimentation saine et hydratation suffisante.

La fracture de stress (fracture de fatigue)

Il s'agit de fractures mineures des os des membres inférieurs, qui supportent le poids du corps. Chez le coureur, elle se situe très souvent au métatarse.

Causes

Une charge trop importante et répétée, ou une progression trop rapide de la performance : la fracture de stress survient lorsque les tendons ne parviennent plus à absorber les chocs. Facilement rémédiables au départ, ces petites fractures s'aggravent en cas de récidives multiples. Les sportifs adultes sont les plus exposés (course à pied, basket, tennis, athlétisme), et certains troubles augmentent le risque : ostéoporose, voûte plantaire très arquée ou affaissée.

Symptômes et traitement

Les zones douloureuses sont très précises : chez le coureur, typiquement le dessus du pied, aux 3ᵉ et 4ᵉ orteils. Les douleurs s'estompent à l'arrêt de l'activité et redeviennent handicapantes à la reprise ; un gonflement peut apparaître. Attention : la fracture de stress n'est visible à la radiographie que 2 à 3 semaines après la blessure — l'IRM ou la scintigraphie permettent un diagnostic plus rapide. Comptez jusqu'à 2 mois pour une guérison complète : strapping sur mesure ou chaussure de marche pour consolider (voire béquilles), et la técarthérapie ou le laser haute puissance pour accélérer la cicatrisation.

La périostite tibiale

À chaque mouvement (saut, marche, course), le tibia subit une pression. Lorsque cette pression devient insupportable, le tibia est exposé à un risque de périostite tibiale : une inflammation du périoste, la membrane qui entoure l'os. Si elle n'est pas ou mal traitée, la périostite peut provoquer à terme une fracture de stress du tibia.

Causes

La périostite tibiale est fréquente chez les coureurs, skieurs et footballeurs ayant subi un traumatisme sur la partie antérieure de la jambe. D'autres facteurs entrent en jeu :

  • la succession de plusieurs microtraumatismes ;
  • une sur-sollicitation des muscles anti-valgus du pied ;
  • le port de chaussures inadaptées ;
  • des problèmes biomécaniques (pieds plats) ;
  • un surpoids ;
  • une progression trop brusque des entraînements ;
  • des échauffements et étirements insuffisants, entraînant un manque de souplesse musculaire.

Symptômes

Située au tibia, la périostite se caractérise par des douleurs aiguës au mouvement (sauts, course…) qui s'atténuent au repos des muscles. D'autres symptômes restent manifestes : apparition de nodules, chaleur sur la zone douloureuse, gonflements.

Traitement et prévention

La glace et le repos sont les premiers réflexes. La périostite se diagnostique à la palpation ou à la radiographie. Votre kiné optera très probablement pour des massages au rouleau ; les massages musculaires, les étirements ainsi que le strapping atténuent les douleurs mécaniques provoquées par la blessure. Il est important d'effectuer des exercices d'étirement et de renforcement musculaire afin de retrouver les aptitudes initiales de la zone touchée : le processus de guérison implique une bonne circulation sanguine, favorisée par des exercices d'amplitude de mouvement.

Au bout de 2 à 5 semaines de récupération, l'athlète pourra progressivement reprendre la course à pied. À titre préventif, l'augmentation de la distance, de la vitesse et de la fréquence d'entraînement doit se faire progressivement, afin d'éviter des traumatismes similaires. Prise en charge détaillée sur la page périostite tibiale.

Le syndrome de l'essuie-glace

Le syndrome de la bandelette ilio-tibiale (ou syndrome du tractus ilio-tibial, ou tendinite du tenseur du fascia lata) fait partie des pathologies dont les coureurs souffrent le plus souvent. La face externe de la cuisse renferme un muscle appelé tenseur du fascia lata, sur lequel se termine un tendon plat. Pendant la marche ou la course, ce muscle de la cuisse reproduit les mouvements d'un essuie-glace. Une charge trop lourde ou une répétition excessive d'un tel mouvement entraîne un frottement du muscle et du tendon : d'où le syndrome de l'essuie-glace, qui touche en grande partie les professionnels et amateurs de course à pied, de vélo, de jogging et de randonnée.

Les douleurs apparaissent sur le côté du genou et remontent jusqu'à la cuisse. Pour les cas plus graves, la douleur peut tirer jusqu'au mollet.

Causes

Il arrive que la blessure se présente à la suite d'entraînements excessifs, qui entraînent une surcharge du tendon. Les dénivelés répétitifs (montées et descentes) sollicitent aussi énormément le genou, tout comme des chaussures ou semelles inadaptées.

Traitement

Le diagnostic se fait par palpation (test de Renne et test de Noble), et peut être conforté par une IRM, une échographie ou une radiographie. Le repos est impératif, tout comme les exercices de rééducation et de renforcement musculaire. Les étirements viennent en complément de massages transverses profonds, grâce auxquels le thérapeute traite les zones douloureuses. Quelques séances d'ultrasons ou d'ondes de choc chez l'ostéopathe ou le kinésithérapeute accélèrent le processus de guérison. Les étirements du tendon aident à retrouver la souplesse.

Prévention

Pour éviter les risques de rechute, ne reprenez les dénivelés qu'une fois complètement rétabli. Prenez aussi en considération l'importance :

  • des étirements avant et après les entraînements ;
  • du respect du temps de repos ;
  • d'une bonne hydratation et d'une alimentation saine ;
  • d'un matériel adapté à l'activité et à la rigueur des entraînements.

Analyse complète (causes articulaires, tissulaires, biomécaniques) dans notre article dédié : le syndrome de l'essuie-glace.

La tendinite d'Achille

Le tendon d'Achille est le plus gros tendon du corps : il assure la flexion plantaire et la propulsion du pied. Il comprend trois parties — la jonction myotendineuse, le corps du tendon et l'enthèse (jonction tendon-os) ; les lésions touchent le plus souvent ces deux dernières.

Causes

  • sollicitation excessive et répétée du tendon, typique du coureur ;
  • manque de repos entre les entraînements (le collagène n'a pas le temps de se renouveler) ;
  • faux mouvements et changements brusques d'entraînement ;
  • chaussures inadaptées ;
  • manque d'hydratation et alimentation déséquilibrée ;
  • troubles de la statique plantaire (pieds plats ou creux).

Symptômes et traitement

Les douleurs sont progressives et apparaissent souvent en fin d'entraînement, à la palpation, à l'étirement de la cheville ou à la contraction du mollet ; un « dérouillage » matinal est fréquent. Le test de Thompson et l'imagerie (échographie, IRM pour les cas sévères) fiabilisent le diagnostic. Le repos est impératif ; les ondes de choc et le massage transverse profond sont souvent utilisés. La reprise n'est conseillée qu'après récupération, en « testant » le tendon progressivement, au besoin avec un strapping de soutien. Voir aussi la page tendinopathie d'Achille et douleurs du pied.

Comment prévenir les blessures en course à pied ?

  • augmenter progressivement distance, vitesse et fréquence — jamais de saut de charge ;
  • s'échauffer avant chaque sortie et s'étirer après ;
  • respecter les temps de récupération entre les séances ;
  • adapter chaussures et éventuelles semelles à sa foulée ;
  • bien s'hydrater et s'alimenter.

En fin de rééducation, le Wattbike permet de mesurer d'éventuels déséquilibres entre les deux jambes et de valider une reprise progressive et objectivée.

Questions fréquentes

Quand consulter un kiné pour une douleur de course à pied ?

Dès qu'une douleur persiste après quelques sorties, revient systématiquement à l'effort ou vous oblige à modifier votre foulée. Un bilan précoce évite qu'une gêne s'installe et devienne chronique.

Faut-il arrêter complètement de courir en cas de blessure ?

Rarement en totalité : selon la pathologie, on adapte le volume et l'intensité (voire on bascule temporairement sur du vélo ou du travail de renforcement), en se laissant guider par la douleur. C'est tout l'objet du plan de reprise défini au bilan.

Les étirements suffisent-ils à prévenir les blessures du coureur ?

Non, ils n'en sont qu'une partie. La plupart des blessures du coureur viennent d'une progression de charge trop rapide ou d'un déficit de force. Le renforcement des fessiers, du quadriceps et des muscles du pied, associé à une progression maîtrisée du volume, protège bien davantage que les seuls étirements.

Faut-il changer de chaussures régulièrement ?

Le kilométrage seul n'est pas un bon critère. En revanche, des chaussures déformées ou usées de façon asymétrique modifient la biomécanique de la foulée et doivent être remplacées. Selon votre foulée, un avis podologique peut compléter utilement le bilan kinésithérapique.

Une douleur qui revient à chaque sortie ? Contactez le cabinet à Aix-en-Provence (Les Milles).